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  • kfatoumata

Extrait du roman Disgrâce paru en 2010

Mis à jour : juil. 31


Ainsi va, avec entrain, l’exercice favori des habitants du pays : la délectation du malheur d’autrui s’épanouit avec emphase, sous les taillades des couteaux finement aiguisés par des rancœurs inconnues.

Le temps que d’autres ragots surgissent, Faly tient le haut du pavé à cause de la stupidité qui lui a fait croire qu’il était un grand monsieur intouchable.

Le bruit a éclaté ce jour, subitement sorti du cœur haineux de son principal rival. L’homme n’a cure des conséquences de ses actes sur son rival, seule compte la jouissance inouïe de l’humiliation suprême à lui infliger.

D’usage de superlatifs en indignations feintes, la rumeur s’en va à travers la ville, s’enflant de gorge en gorge, par des mensonges tellement réels dans l’imaginaire de ceux qui les véhiculent qu’elle ressemble maintenant comme deux gouttes d’eau à la vérité.

Justine, en femme avisée et calme, plein de ses quarante-cinq ans d’expérience, tente de garder ses nerfs. Elle sait pertinemment que ces flots de haine et de délation sur son mari sont fondés sur des mensonges éhontés.

Évidemment, de jour en jour, elle voit de moins en moins de monde. Elle a tout d’abord été prise d’assaut par les appels et visites de pseudo-amis compatissants, mais qui, en réalité, viennent aux nouvelles pour avoir sa version des faits et aller ensuite rapidement et allègrement les rapporter en rajoutant leurs commentaires affligeants sur sa détresse et sa misère spirituelle : de vrais charognards.

Maintenant que les premiers moments sont passés, elle a besoin de tous ses esprits et de toute son énergie pour épauler Faly et le sortir de ce guêpier dans lequel il est tombé. Pourtant, ne l’a-t-elle pas prévenu à maintes reprises de se méfier de tous ces hommes d’affaires qui tournent autour de lui, tous ces parvenus opportunistes, affairés et affairistes qui ne peuvent qu’apporter des mésaventures ?

Comment Faly a-t-il pu s’acoquiner avec ces personnages dont le seul challenge est en vérité de fricoter dans les arrière-cours des palais comme des laquais et porteurs de serviettes qu’ils sont en réalité.

Rien que leur vantardise éhontée et déplacée suffit pour que l’on décide de prendre de la distance avec ce genre d’énergumène.

Aujourd’hui, elle découvre violemment avec effarement le monde de la justice putride où l’on doit donner des dessous de table pour le moindre service. Rien ne peut justifier la nonchalance simulée de ces agents de l’État qui se transforment subitement en hyperactif, une fois les billets de banque empochés, et ceci à tous les niveaux, du petit commis à l’accueil au magistrat voire au procureur.

Dans quel monde vit-on ? où le plus grand brigand peut très vite obtenir l’acquittement alors qu’un délinquant de délit mineur peut croupir en prison sans jugement faute de pouvoir alimenter le réseau de corruption

Fatoumata KANE - 2010, Les Éditions Lakalita

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