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Les figures de la femme dans le roman féminin africain

La littérature africaine serait plus que millénaire si l’on se base sur la richesse et la place du patrimoine culturel africain en ce qui concerne la production et le rôle des contes et proverbes dans la construction de l’imaginaire et l’éducation de l’enfant en Afrique. On sait aussi que la femme a toujours eu un rôle primordial dans la transmission de ce savoir et qu’elle a toujours été la principale animatrice des séances de contes, dynamiques et interactives. Cette littérature orale relate surtout l’histoire des relations sociales en poussant parfois à la caricature en dotant les animaux de la brousse de traits de caractère humains, ces contes, histoires et proverbes ont la particularité de toujours se terminer par une leçon de morale.

L’Afrique n’a donc pas découvert la littérature avec l’introduction de l’écriture. Nous attestons que l’écriture a apporté une plus-value avec la transcription écrite de la pensée et qu’elle a permis une meilleure préservation de la pensée humaine avec moins de déperdition de l’information. Nous pouvons affirmer que la littérature est née avec l’Homme et qu’elle a toujours existé dans toutes les civilisations humaines.

Les balbutiements de la littérature écrite féminine africaine datent de la fin des années cinquante et pendant une décennie ils ont été timides. C’est dans les années soixante-dix que nous assistons à l’éclosion d’une littérature écrite féminine africaine, riche, diversifiée et engagée. Mais son appréciation est longtemps restée circonspecte.

L’approche genre est évidemment une construction spécifiquement sociale. Les romancières n’ont commencé à écrire et surtout à n’être publiées que récemment. Le premier roman d’une écrivaine africaine d’expression française date seulement de 1976. C’est Aminata Sow Fall avec son œuvre intitulée Le Revenant qui ouvre la porte. Le nombre augmente considérablement depuis les années 1980. Au vu de l’engagement des auteures, mais également de la pertinence de certaines œuvres, la littérature au féminin en Afrique a bien évidemment une signification sociale et des stratégies diverses sont utilisées par les auteures africaines pour atteindre leur public. La dénonciation de pratiques et pesanteurs socioculturelles avec Mariama Ba dans une si longue lettre dans un ton que l’on peut considérer comme un féminisme modéré, dans ce merveilleux échange entre Ramatoulaye et Aïssatou, on y dénonce bien évidemment ce qui touche et blesse profondément mais sans s’y opposer fermement. Avec Awa Thiam la parole aux négresses, ouvre la perspective de parler ouvertement d’un sujet jusque-là tabou comme l’excision.

Parallèlement à cela, nous rencontrons des disparités avec certaines héroïnes de Calixte Beyala qui sont dans une lutte sans répit et presqu’effrayantes dans leurs rapports avec les hommes ou avec Leonora Miano, dont l’héroïne dans ‘l’interieur de la nuit ‘ ou ‘contours du jour qui vient’ arrive épuisée à la démence qui était, pour elle, la seule issue possible du reste, face à l’obscurantisme et à la maltraitance qui laissent le lecteur époustouflé et sans voix.

D’autres auteures comme Fatoumata Kane, n’hésitent pas à brosser des portraits de femmes qui se laissent aller à la facilité en s’arrimant à l’homme dans un jeu de séduction et de domination à l’infini, mais bien heureusement elle met aussi en exergue des portraits de femmes fortes, engagées, déterminées et conscientes de leur valeur. Elle sort également des chantiers battus pour dénoncer la corruption, les dessous scabreux des phénomènes de migration irrégulière, écrire des livres romancés mais avec un positionnement politique et citoyen et un rôle déterminant de la femme dans la mobilisation citoyenne.

La valorisation du potentiel des femmes est de plus en plus d’actualité dans l’exploration de l’écriture féminine dans le roman africain. La créativité qui en découle replace l’écriture féminine comme un axe éducatif exceptionnel au vu des thématiques abordés par les auteures africaines.

Etre écrivain au XXIème siècle, c’est être auteur d’œuvres écrites. En Afrique et ailleurs la signification est certainement la même dans la forme. Et que l’on soit femme ou homme il ne devrait pas y avoir de différence majeure.

Que cherche-t-on à exprimer en mettant ses opinions par écrit et en les partageant avec d’autres ? Quelle dimension de son humanité l’écrivain met-il en exergue en partageant des sentiments parfois intimes et d’autres plus universelles à la portée de tous ? Est-ce simplement la volonté d’éveiller les consciences ou y aurait-il derrière cette exhibition une réelle sensibilité aux êtres et aux choses et une volonté de dénoncer, de secouer et de prendre les consciences non pas en otage mais à bras le corps.

Les auteures africaines donnent une meilleure visibilité des conditions socioculturelles de leurs congénères et s’impliquent avec hardiesse dans la lutte contre les maux qui minent leur société. Elles démystifient les tentatives d’aliénation et font le vœu à travers leurs écrits, de venir à bout de tout ce qui ne peut plus être accepté et subi. Elles délient les liens des pesanteurs inutiles avec objectivité et impartialité.

Les femmes écrivent sur elles-mêmes et ne laissent plus les hommes êtres seuls à les juger et jauger. La tradition veut que la femme soit réservée et n’exprime pas son opinion en public. Encore de nos jours, il est n’est pas aisé d’être femme écrivaine en Afrique, ce n'est certainement pas un métier, mais une vocation. Les écrivaines africaines vivent au rythme de leur temps. Elles sont modernes mais authentiques. Ce sont des femmes libres car sans liberté il est difficile de créer.

La littérature écrite féminine africaine prend également sa source dans la vie courante. L’écrivaine africaine qui bien avant de parler français, anglais ou portugais parle une ou plusieurs langues du terroir, se sert de cette situation pour forger sa propre langue d’écriture, en laissant percevoir à l’écho de ses autres langues. Cela relève du grand art.

Les femmes africaines sont aujourd’hui ballotées entre émancipation et survie et les paradoxes de cette lutte quotidienne boostent l’éclosion d’une littérature libre et engagée. Elles espèrent par la magie des mots libérer leur conscience et celles de leurs congénères du lourd fardeau de l’obscurantisme et de la culpabilité collectifs. Elles dénoncent les systèmes politiques instables et totalitaires, elles proposent des solutions.

L’introduction de la littérature africaine dans les programmes d’enseignements africains a été un défi du début des indépendances. Depuis soixante ans l’école joue un rôle dans la reconnaissance de cette littérature et il est d’une importance capitale que les cultures africaines à travers les écrits des femmes du terroir soient étudiés par la jeunesse du continent notamment la grande majorité des auteures féminines qui sont quasi inconnues du fait de l’invisibilité médiatique autour de leurs œuvres, des énormes difficultés d’édition en Afrique et du peu de moyen investi dans la littérature.


Fatoumata KANE


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